Eglise Réformée de France
Alès - Bassin Alésien Sud

  Accueil / V... / Prédications écrites  


Logo

Prédications écrites

Message du président du Conseil régional De l’Eglise protestante unie en Cévennes-Languedoc-Roussillon Aux délégués du Synode Régional 2017

Chers invités, chers délégués, Mr le modérateur, Frères et sœurs en Christ, Mon intervention s’effectuera en trois points. Dans un premier temps nous ferons un peu d’exercice afin de mieux nous découvrir tout en nous souvenant avec reconnaissance de ceux et celles qui se sont endormis en Christ. Dans un second temps nous méditerons un court passage de l’Apôtre Paul aux Corinthiens qui nous ouvrira une première piste de réflexion sur notre manière de nous positionner dans notre monde en tant que communauté. Dans un troisième temps nous nous appuierons sur un autre texte de l’Apôtre Paul dans la lettre aux Ephésiens pour interroger nos capacités de résistance et de combat en tant que chrétiens, capacités qui semblent s’être quelque peu, érodées, anesthésiées au fil du temps...

1. Un peu d’exercice physique et de mémoire  

En tout premier lieu je tiens à saluer, en votre nom à tous, la présidente du Conseil national de notre Eglise Protestante Unie de France, le pasteur Emmanuelle Seyboldt qui nous fait l’amitié et la joie d’être parmi nous. Nous accueillons aussi le secrétaire général du Defap, le pasteur Bertrand Vergniol. Profitez de l’occasion pour faire plus ample connaissance avec chacun d’eux au cours de ce synode.

Cette année notre région accueille deux proposantes Sophie Fantoni à Béziers et Romy Legrand à Bagnols sur Cèze-Pont-Bourg. Nous accueillons aussi deux stagiaires Eliott Poujol à Nîmes accompagné par le pasteur Iris Reuter et Agnès-Marie Rives à Montpellier par le pasteur Luc-Olivier Bosset. Chaque année nous prenons quelques instants aussi, et cela est important, pour nous souvenir avec reconnaissance des ministres qui nous ont accompagnés et des engagés qui pour certains sont partis bien trop tôt. Cet exercice est délicat car nous risquons toujours d’oublier un nom, si c’est le cas veuillez nous en excuser. Pour les ministres Paul Ellenberger le service a eu lieu Montpellier ; pour Pierre Roy à Ganges ; Edmond Andrianavony à Balaruc les Bains ; Daniel Clavairoly à Lezan. Pour les engagés Bernard Barthélemy et Robert Marill tous deux membres du Conseil presbytéral de Montpellier, sans oublier Georges Piquemal; Mr Christian Dumas de Nîmes, Dominique Richardot Conseiller presbytéral du Coutach et du consistoire, Mme Eveline Itier secrétaire du CP de Gallargues et Max Ribard de Bernis ; Mme Brigitte Leuté d’Uzès.

2. Pourquoi et pour qui vit notre communauté dans le monde ?  

A -  La problématique du XVIème siècle : quoi faire pour être sauvé ! Pendant de nombreux siècles nous, les chrétiens d’expression protestante Réformée nous nous sommes intéressés, grâce à la Réforme, à cette grâce surabondante de Dieu qui offre le salut à quiconque croit en Jésus Seigneur. Une grâce qui conteste radicalement la logique des bonnes œuvres méritoires qui vont, soi- disant, nous donner accès au salut éternel, à une place au paradis. Ce débat-là, n’a plus cours aujourd’hui, même si la théologie de cette grâce offerte une fois pour toute est toujours pertinente. Ce débat-là n’a plus cours parce que la culture de notre monde est différente, et qu’elle repose tout simplement sur une autre problématique. La problématique du XVIème siècle reposait sur la peur de l’enfer, et par voie de conséquence, la question qui préoccupait le fidèle d’alors c’était : « que faut-il faire pour être sauvé ? Indulgences et foi en l’Eglise disait le catholicisme ou foi en Jésus seulement, dira la Réforme et ce cher Luther. Je raccourcis volontairement.

B -  La problématique du XXIeme Siècle : entre peurs et désirs - Les innombrables peurs La problématique du XXIeme siècle repose non pas sur la peur de l’enfer, ni sur le comment obtenir le salut, mais sur d’autres peurs qui ne sont plus en lien avec la transcendance, avec Dieu. Des peurs qui nous traversent, des peurs bien souvent légitimes comme celle de subir un nouvel attentat dans notre pays, ou d’être en dehors du circuit économique, chômeur, et de fait, ne plus exister aux yeux des autres, sans oublier la peur du vieillissement, de la décrépitude et bien entendu la peur de la mort, la peur de ne plus exister réellement aux yeux des autres. S’ajoute à ces peurs d’autres peurs que nos médias colportent : la peur de se faire envahir par les migrants qui fuient la guerre ou qui subissent les conséquences du réchauffement climatique. La peur devant les réactions intempestives de certains dirigeants des USA ou de la Corée du Nord. En détaillant ces innombrables peurs qui nous traversent, je me dis qu’il serait peut-être intéressant de lancer une étude sociologique sur cette notion de peur dans la culture française. En effet, si vous suivez parfois, par exemple, les grandes compétitions sportives mondiales à la télévision ou à la radio et si vous tendez l’oreille aux commentaires de nos grands reporters, vous vous apercevrez rapidement que la peur de perdre prédomine sur le désir de gagner. Je n’en dis pas plus mais cela traduit quelque chose de notre culture. L’évangile selon Jean traite cette question de la peur, notamment, lorsque le Seigneur Jésus apparait à ses disciples après sa résurrection dans une maison dont les portes et les fenêtres sont closes. La première réaction des disciples suite à cette révélation est une grande frayeur, et cela peut s’entendre qu’ils aient la « frousse » de leur vie. Mais la première parole du Seigneur Jésus est : « Paix, Shalom ». Le Dieu en qui nous croyons ne cultive donc pas la peur mais annonce la Grâce et la Paix, une paix large intérieure, une paix respectueuse entre individus, au sein d’une communauté, la paix, toujours la paix, rien que la paix, Shalom ! Ne l’oublions pas.

- Le désir de s’accomplir Donc, tout en travaillant à la résolution de toutes ces peurs, la problématique du XXIeme siècle a introduit depuis quelques décennies une nouvelle dimension autour de la notion du désir. (Et dans ce que je viens de dire et ce que je vais dire ne voyez aucun jugement moral mais simplement une réalité spirituelle). Le désir, une problématique qui a toute sa pertinence, il ne s’agit pas de la dénigrer mais de mieux discerner des enjeux plus profonds. Depuis quelques temps on nous encourage à cultiver le désir de se réaliser, de s’épanouir, d’être soi-même. En soi nous ne pouvons qu’être d’accord dans la mesure où ce désir ne s’expérimente pas tout seul dans sa tour d’ivoire mais avec les autres, dans le respect mutuel. Toutefois, nous entendons aussi une autre musique qui promeut un désir souvent sans limite et sans réelle altérité. Un désir qui est prêt à se passer des règles de vie commune pour choisir un développement où le seul souci de soi serait la règle commune. Je pense que nous mesurons tous la limite de cette orientation pour un vivre ensemble paisible. Il y a dans le Nouveau Testament une parole de l’Apôtre Paul qui trouve toute sa pertinence dans cette ambiance sociétale qui est la nôtre. Paul nous dit : tout est possible mais tout n’est pas utile ! Cela doit nous alerter, nous les chrétiens. Soyons encore plus précis et observons notre société. Nous sommes encouragés à devenir un individu hypertrophié, un « moi je » tellement envahissant qu’il ne laisse plus de place au prochain si ce n’est celui du faire valoir. La devise est « je fais ce que je veux quand je veux, où je veux, comme je veux et comme cela me plait » ! Cette devise est plus implantée dans nos consciences que jamais. Un des slogans véhiculés par les médias, la publicité, qui n’est rien d’autre qu’une propagande permanente est : Vis pour toi-même ! Vis pour tes passions ! Vis pour ton image ! Vis pour ton œuvre, Vis pour tes idées. C’est cette propagande là que j’aimerais questionner aujourd’hui à la lumière de l’Evangile.

C -  Je vis pour quoi ? Je vis pour qui ? - Une rencontre avec des collégiens de Caussade Je vis pour quoi ? Je vis pour qui ? Ce discours récurrent véhiculé et amplifié par les masses médias, je l’ai reçu en pleine figure par des collégiens de Saint Benoît à Caussade, il y de cela, déjà, dix ans. En effet, j’avais été invité à l’époque par les professeurs de ce collège privé pour présenter le protestantisme, il y avait aussi le prêtre qui présentait le catholicisme. Vers la fin de mon exposé, j’ai posé comme question à ces jeunes collégiens : En qui ou en quoi croyez-vous? La réponse ne s’est pas faite attendre, l’un d’eux lève la main, et me dit : « moi monsieur, je crois en moi. Dieu, je ne le connais pas, moi je suis réel. » J’ai demandé ensuite, à la trentaine de jeunes qui étaient présents, s’ils pensaient comme lui. Une écrasante majorité a levé la main... Pour qui vivons-nous ? Pour ce collégien la réponse dans sa tête était claire. On vit pour soi, pour nous même. Pour nous, les adultes, ce vivre pour soi se décline de différentes manières et, je ne vais pas en faire un inventaire cela n’a guère d’intérêt. Par contre, il est utile maintenant d’entendre un texte biblique afin de voir à quel point il y a vraiment un décalage entre le ministère de Christ et ce que véhicule la problématique du XXIeme siècle.

- Une rencontre d’un autre type Ecoutons maintenant cette parole de l’Apôtre Paul dans la deuxième lettre aux Corinthiens au chapitre 5 v

14 et 15 qui nous propose un autre regard sur notre vie :

« Car l’amour du Christ nous presse, nous qui avons discerné ceci : un seul est mort pour tous donc tous sont morts ! et si Jésus est mort pour tous c’est afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux » (Bis) Que cherche à nous communiquer l’Apôtre Paul ? Que veut-t-il dire par cette formule surprenante ? Et pourquoi n’a-t-il pas écrit « afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes mais pour les autres », cela n’était-il pas plus logique ? Il n’en est rien, pour l’Apôtre, on ne vit pas pour les autres mais pour celui qui est mort et ressuscité pour tous. Et le « pour tous » ici est capital. Le théologien Pierre Prigent écrit pour sa part « : l’homme incline naturellement au service de soi et non de Dieu (...) La pente naturelle de l’homme est donc d’agir pour sa propre satisfaction et de considérer comme bon que l’on agisse ainsi. »

Voilà donc une première difficulté à surmonter : Comment vivre pour quelqu’un qui a réalisé un prodige pour nous tous, il y a de cela plus deux mille ans ? Comment vivre pour ce Jésus que je ne vois pas, que je n’entends pas ? Qui n’est pas réel, dirait ce jeune collégien. Je pense que tout le monde ici discerne à quel point la foi chrétienne, telle que nous la vivons plus ou moins confusément, n’est pas aisée à recevoir, à comprendre, à vivre pour une personne qui n’est pas du « sérail », et d’ailleurs même si nous sommes issus d’une culture protestante ce n’est pas aisé. Nous vivons tous cette difficulté avec certains de nos enfants, de nos petits-enfants. C’est un principe de réalité qu’il est important d’affronter.

Nous devons être attentifs au monde dans lequel nous vivons tout en étant capable de résister à certaines idéologies que ce monde véhicule. Nous nous inscrivons à la fois dans cette problématique contemporaine du vivre pour soi-même, et dans ce que l’Evangile nous propose qui est une autre manière de voir et de vivre en ce monde, un vivre ensemble un peu différent qu’il nous appartient de cultiver. Et cela est un réel combat spirituel à mener qui n’est pas si aisé de tenir année après année. La tradition qui est la nôtre, fait que nous nous inscrivons dans une autre perspective que celle que proposent actuellement les idéologies dominantes. Je pense que c’est là que se joue une de nos principales difficultés pour être et faire communauté aujourd’hui. Nous devons à la fois assumer et promouvoir une autre manière de penser et de vivre, ce que l’Esprit de Christ insuffle en chacun d’entre nous, et dans le même mouvement ne jamais oublier que Jésus est mort pour tous afin de ne sombrer ni dans un individualisme exacerbé, ni dans un communautarisme exclusif et élitiste, ni dans un fondamentalisme qui peut prendre une coloration évangélique, orthodoxe, libérale et même post libérale. Personne n’est à l’abri.

3. La foi est un combat !  

A -  Sommes-nous suffisamment conscients ?... La foi est un combat, il est bon de se le rappeler ! Cela ne va pas de soi de croire en Jésus Christ, de mettre toute notre confiance en Lui et de lui être fidèle. Cela ne va pas de soi de considérer aujourd’hui que l’orgueil, l’égocentrisme et la violence sont des maladies spirituelles. Cela ne va de soi d’avoir en son cœur le souci d’une justice sociale, économique pour tous ! Oui, la foi est un combat ! combat, le bon combat de la foi ! Sommes-nous à ce jour suffisamment conscients qu’il y a un réel combat spirituel à mener ? Sommes-nous pleinement conscients que nous sommes réellement un obstacle à toutes idéologies qui cherchent à réduire l’humanité au seul statut de consommateur de biens matériels ou immatériels ? Voir pire comme un bien de consommation. Et fort heureusement, nous ne sommes pas les seuls à nous inscrire dans tous ces combats. Nous sommes un des signes visibles qui annonce à notre monde qu’un combat a lieu. Nous ne sommes pas les seuls mais notre engagement en tant que communauté rassemblée, confessant ensemble Jésus Seigneur dans notre monde, ne doit pas être minimisé par nous-mêmes et par qui que ce soit, ni maximalisé, il a son importance. Il nous appartient localement de placarder nos affiches comme Luther même si tout le monde s’en fiche. Si nous le faisons, c’est poussés par l’Esprit de Dieu afin de témoigner de manière plus visible une réelle indignation, notre manière à nous de dénoncer ce qui est à dénoncer et de nous associer avec d’autres pour encourager toute action positive qui, à nos yeux, doit être encouragée. Entendons-nous bien, je ne dis pas que nous ne le faisons pas, je dis simplement manifestons- le davantage ! Sommes-nous suffisamment conscients de notre responsabilité d’enfants de Dieu pour ce monde ?

Car nous sommes enfants adoptifs de ce Dieu d’Amour et nous ne nous rassemblons pas le dimanche ou en semaine pour obtenir de notre Seigneur un plus d’identité, un plus de grâce pour se sentir bien dans notre peau. Sommes-nous suffisamment conscients que si Dieu, dans sa sagesse, nous a mis à part, les uns et les autres, pour signifier sa Présence, son Amour, sa grâce surabondante à notre monde ce n’est pas pour nos beaux yeux ? C’est simplement pour que nous Le fassions connaître par notre vie, notre engagement et que d’autres personnes, ceux et celles qui sont prêts à l’accueillir, puissent bénéficier, tout comme nous, de son soutien, de sa Présence/Absence, de sa Parole libératrice... C’est notre vocation au sens fort du terme. Actuellement sous prétexte que telle invention est un progrès indéniable, nous avalons toutes sortes de couleuvres que dis-je des nanoparticules ! Et nous laissons faire. Sommes-nous devenus, nous les chrétiens en occident, des fatalistes : Inch’Allah !

Sommes-nous pleinement conscients lorsque nous nous rassemblons le dimanche, lorsque nous nous réunissons en conseil presbytéral, en conseil d’Ensemble, en consistoire, en synode, en études bibliques et lorsque nous préparons des oreillettes (et ce n’est pas une boutade), sommes-nous conscients de la vocation qui est la nôtre ? Car si nous n’en sommes plus conscients ce n’est pas le monde qui nous entoure qui va nous le rappeler. Je ne doute pas que nous en sommes un peu conscients mais quels sont les obstacles qui nous empêchent de vivre pleinement cette vocation avec joie et sans orgueil ? Qu’est-ce qui freine notre courage? Quelles sont les peurs intérieures qui nous musellent au sein d’un conseil presbytéral, d’un conseil d’Ensemble, en famille, dans l’entreprise, avec nos amis ? La profonde paix de notre Seigneur Jésus-Christ n’est-elle pas en chacun de nous ? Arrivons-nous à l’écouter, à nous appuyer sur elle ou bien les innombrables peurs qui nous assaillent prennent-elle le dessus ?

B -  Faisons un pas avec l’Apôtre Paul Nous allons écouter maintenant un autre passage de l’Apôtre Paul dans la lettre aux Ephésiens au chapitre 6 v 12 à 13 et tenter de faire un pas de plus dans cette thématique du combat spirituel « En effet, ce n’est pas contre la chair et le sang que nous luttons mais contre les principats, contre les autorités, contre les pouvoirs de ce monde de ténèbres, contre les puissances spirituelles mauvaises qui sont dans les lieux célestes » - C’est qui ? c’est quoi notre ennemi ? Quelles sont donc ces forces et ces puissances qui empêchent l’être humain d’être pleinement humain ? Paul nous dissuade tout de suite de penser que ces attaques viendraient des autres. S’il y a un combat à mener ce n’est pas contre notre humanité. L’ennemi ce ne sont pas les autres et encore moins l’enfer comme l’affirmait un certain Jean Paul Sartre. Et ce n’est pas un hasard si le Seigneur Jésus nous dit encore aujourd’hui : tu aimeras ton ennemi et tu tendras l’autre joue si quelqu’un te donne une « mandale » ! Aucun être humain sur terre n’est en soi notre ennemi. Le combat que nous devons mener est contre ces forces d’en haut, ces idéologies qui ont cette capacité de détruire une relation entre individus dans une communauté, dans la société, dans une famille. Elles sèment la méfiance, ou l’indifférence ou la haine entre l’homme et son prochain. Elles font dégénérer les moindres conflits en guerre. Si nous ne sommes plus conscients que nous puissions être les jouets, les pantins de ces forces, de ces idéologies, je me demande ce que nous faisons là en tant que communauté chrétienne rassemblée au Nom de Jésus Christ. Les termes utilisés par l’Apôtre pour désigner ces puissances, ces autorités font écho, pour ma part, à toutes idéologies totalitaires qu’elles soient politiques, financières, économiques, anthropologiques, sociologiques, philosophiques, théologiques ou religieuses. Et nous devons, me semble-t-il, être capable de les décrypter, de les contester. Je le répète aucun être humain est notre ennemi. Et si celui-ci nous considère comme son ennemi c’est qu’il est le jouet de ces forces, de ces idéologies qui le manipulent qu’il en soit conscient ou pas, qu’il le veuille ou qu’il ne le veuille pas.

- Entre esprit d’ouverture, vigilance spirituelle et combat Est-ce raisonnable ce que je dis pour la modernité dans laquelle nous baignons ? Dois-je ne plus remettre

en question ces forces, ces idéologies sous peine de ne plus être audible, ouvert ? Ne risque-t-on pas de perdre notre bel esprit d’ouverture qui nous caractérise tant ? A force d’insister sur notre capacité d’ouverture réelle qui nous a permis jusqu’à présent d’être en phase avec notre monde, la modernité, n’avons-nous pas laissé un peu de côté notre vigilance spirituelle ? Car le monde tel qu’il se dessine actuellement tourne le dos à des convictions évangéliques basiques comme la solidarité envers les plus faibles. La mise en concurrence permanente entre individus est aux antipodes de ce que nous enseigne le nouveau testament. La réalité autour de nous est toute autre, il y en France entre 6 et 9 millions de personnes sous le seuil de pauvreté selon les enquêtes, des étudiants et des personnes qui ont un CDD qui ne trouvent pas de logement et dorment pour certains dans leurs voitures, une population SDF qui ne cesse de croitre dans les grandes villes, sans parler de la précarité galopante. Ne serait-il pas temps d’enseigner à nouveau, de proclamer que la foi chrétienne est un réel combat qu’il nous appartient de mener ? Un combat contre toutes sortes d’asservissement : qu’il soit religieux, politique, économique, technologique, numérique, financier. Il suffit de lire et relire la Bible pour entendre que Dieu ne supporte pas l’injustice sociale, ni économique, ni éthique, ni politique. Bref, toutes sortes d’injustices qui cantonnent un être humain dans la catégorie de sous homme, qui cantonnent la création et tout ce qu’elle contient dans la catégorie d’un seul bien de consommation. Pourquoi une nouvelle génération se lèverait-elle et viendrait- elle louer le Dieu biblique qui clame que justice soit faite si nous ne sommes plus capables d’assumer cette réalité de combattant et d’être davantage des lanceurs d’alertes? Pourquoi ne lancerions-nous pas un catéchisme pour adulte prioritairement dans chaque communauté vivante ? Je sais que certains collègues avec leurs conseils presbytéraux ont déjà initié cela, et c’est tout à leur honneur. Nous le constatons tous, Il y a une réelle recherche spirituelle autour de nous et nous n’offrons même pas une simple colonne vertébrale théologique pour les commençants ? Peut-être que notre pluralité théologique fait que nous nous interdisons de construire quelque chose ? Pourquoi ne pas proposer à la génération qui vient deux orientations théologiques bien construites, différentes, divergentes au niveau national, mais clairement répertoriées ? Et chacun fera ses courses ! Par exemple : une qui considère que la crucifixion, la mort et la résurrection de Jésus Christ sont une réalité anthropologique qui annonce une autre manière de vivre pour l’humanité.

Une autre qui considère que cette passion et cette résurrection sont un symbole fort qui peut transformer notre humanité...

Si une des conséquences de notre ouverture d’esprit nous conduit à une neutralité bien-pensante, alors autant aller voir un match de foot au stade Vélodrome et notamment le Classico, là, il se passe vraiment quelque chose. Entendons-nous bien, il n’est pas question de perdre notre bel esprit d’ouverture nous devons l’entretenir mais ne pourrait-il pas s’associer d’une manière un peu plus forte à un esprit d’indignation et de combat au nom de Jésus-Christ car c’est Lui qui nous a appelé à témoigner de sa Justice dans ce monde, pour ce monde. C’est Lui qui libère l’individu de chaines invisibles pour le remettre debout et en lien avec la société à laquelle il appartient. Lui et personne d’autre. Je tiens à redire et ce sera ma conclusion, qu’aucun être humain est notre ennemi sur cette terre mais nous sommes appelés à mener un combat spirituel implacable contre toutes ces forces, ces idéologies qui veulent asservir notre Humanité et la Création.

Novembre 2017